Face à l’offensive liberticide, amplifions la mobilisation en Bretagne et ailleurs

Le 14 décembre 2020

Photo par ev

Comment appelle-t-on un régime qui arrête et brutalise des journalistes ?
Comment appelle-t-on un régime qui choisit ce qui peut être filmé et ce qui ne le doit pas ?
Comment appelle-t-on un régime qui peut ficher massivement les opinions politiques, religieuses, philosophiques et les activités personnelles de la population ?

En moins d’un mois, plus de trente journalistes en exercice ont été intimidés, arrêtés ou blessés par les forces de l’ordre dans le cadre de manifestations, tandis que des dizaines d’autres étaient entravés dans leur travail. Baromètre de cette dégradation accélérée, huit des 58 alertes qui concernent la France sur la plateforme du Conseil de l’Europe pour la protection et la sécurité des journalistes ont été déposées depuis début novembre de cette année. Sur cinq ans, notre pays se classe quatrième derrière la Turquie, l’Ukraine et la Russie et devant l’Azerbaïdjan, l’Italie et la Serbie au palmarès européen des atteintes à la liberté de la presse.

Aujourd’hui, les violences policières touchent des pans de plus en plus larges de la société : des quartiers populaires aux manifestations écologistes en passant, désormais, par les journalistes. L’ONU, la Commission européenne et la presse étrangère s’inquiètent du basculement autoritaire engagé sous la présidence Macron avec le soutien d’une majorité de députés.

Ce week-end encore, au moins trois journalistes et vidéastes qui couvraient la Marche des libertés parisienne ont été interpellés : Adrien AdcaZz, Thomas Clerget et Franck Laur. Il ne s’agit que de la partie visible d’une répression brutale qui vise à assimiler les manifestant·es à des délinquant·es et à dissuader toute défense collective dans la rue. D’autres villes comme Nantes et Rennes subissent d’ailleurs des interdictions de manifester discrétionnaires, quand, en même temps, des policiers se rassemblent couramment, pendant leur service et sans autorisation, à la moindre concession du pouvoir concernant les violences illégitimes ou les contrôles au faciès issues de leurs rangs.

« La France tient par ses policiers et ses gendarmes », a confié début décembre le président de la République au syndicat Unité-CGP-FO, dans une lettre annonçant un « Beauvau de la sécurité ». C’est pourtant contre l’instauration d’un État policier de plus en plus brutal et décomplexé que se lève depuis plusieurs semaines un large mouvement citoyen.

Ce week-end, en Bretagne, plusieurs milliers de personnes se sont de nouveau réunies pour les libertés. A Brest, Douarnenez, Saint-Nazaire, Quimperlé, Baud, Loudéac, Saint-Brieuc, Morlaix et Saint-Malo, comme à Rennes, Nantes, Guingamp, Vannes, Fougères, Lannion ou Dinan précédemment, un large éventail d’associations, de syndicats et de partis politiques se dresse en rempart de l’État de droit.

Le collectif Kelaouiñ pour la liberté d’informer en Bretagne, membre de la coordination nationale #StopLoiSécuritéGlobale, appelle à poursuivre, structurer et amplifier ces mobilisations contre la politique liberticide du gouvernement.

Nous nous battons pour :

  • Le retrait de l’ensemble de la proposition de loi dite « Sécurité globale », qui porte une grave atteinte à la liberté d’informer en dissuadant de filmer l’action des policiers, tout en instaurant une société de contrôle et de surveillance de masse au moyen de technologies toujours plus intrusives. Nous pensons à la généralisation des drones et à l’extension des usages des caméras piétons des policiers, déployés sans garantie que leurs images ne soient traitées par un logiciel de reconnaissance faciale.
  • Le retrait du projet de loi « confortant les principes républicains » anciennement « contre les séparatismes », qui, en plus de renforcer le contrôle des préfets sur les associations et de faciliter leur dissolution, reprend dans un cadre encore plus flou l’article 24 de la proposition de loi dite « Sécurité globale ». Non content de modifier la loi de 1881, le gouvernement entreprend d’amender les grandes lois de 1901 et 1905 en plein état d’urgence et en procédure accélérée dans une direction toujours plus sécuritaire.
  • La réécriture du schéma national du maintien de l’ordre (SNMO), qui donne le droit à la police de cibler, violenter, arrêter et poursuivre en justice les journalistes cherchant à exercer leur mission après un ordre de dispersion, c’est-à-dire sur injonction policière et au moment le plus sensible d’une manifestation. Ce texte introduit par ailleurs l’idée d’une accréditation des journalistes auprès des autorités, d’une distinction entre les possesseurs d’une carte professionnelle et les autres, et plus généralement d’un nécessaire rapprochement avec les forces de l’ordre pour couvrir les manifestations.
  • La suppression des nouvelles conventions de tournage entre les rédactions et les administrations, qui instaurent un droit de regard avant toute diffusion d’images, en ciblant notamment les informations ou propos qui « portent atteinte à l’image de la police ». De nouveau, le pouvoir renforce son contrôle sur l’information pour que seule la voix des préfets se fasse entendre.
  • La suppression des décrets ministériels du 2 décembre qui élargissent les possibilités de fichage de la police aux opinions politiques, religieuses et philosophiques, aux orientations sexuelles, aux propos tenus sur les réseaux sociaux ou encore aux activités sportives. Ce sont de tels dispositifs qui permettent la répression politique dans les pays que nous avons coutume de présenter comme des dictatures.
  • Le démantèlement de la cellule de renseignement Demeter. Créée à la demande du syndicat agricole majoritaire, la FNSEA, cette cellule de la gendarmerie entend lutter contre le prétendu dénigrement du milieu agricole dans les médias, ramassée sous l’expression « agribashing » par les défenseurs du modèle productiviste. La création d’observatoires de l’agribashing chapeautés par les préfets, associant la FNSEA à la gendarmerie par le biais de conventions, ne laissent guère de doutes sur les intentions de ses fondateurs. Militant·es, lanceur·ses d’alerte et journalistes sont dans le viseur de ce dispositif qui vise implicitement la censure des opinions divergentes et des faits embarrassants, dans un contexte d’omerta facilité par la mainmise des chambres d’agriculture et des groupes agro-industriels sur la presse spécialisée.
  • La protection du journalisme et du droit à l’information, en commençant par garantir dans la loi le droit pour toutes et tous de filmer les forces de l’ordre en intervention.

Face à cette offensive contre l’état de droit, nous ne pouvons pas nous permettre de reculer, au risque de voir la démocratie mourir dans l’obscurité.

Soyons nombreuses et nombreux ce mardi 15 décembre lors de la retraite aux flambeaux organisée à Lannion, le samedi 18 décembre dans la marche quimpéroise pour les libertés et lors de chacune des mobilisations qui seront organisées dans ce sens.

«Sames ganeomp vo lakaet ar goarnamant da vont war-e-gil!

Ensemble, nous ferons reculer le gouvernement !

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Collectif de journalistes pour la défense de la liberté d’informer. Une parole libre face aux enjeux de l’agro-industrie. Kelaouiñ : informer en breton

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