Tribune — Vaccins : haro sur la désinformation (réponse au Télégramme)

Photo by CDC — Unplash

La publication d’une tribune de l’homme d’affaires Nicolas Druz intitulée « Vaccins : ne pas oublier les précautions les plus élémentaires » par Le Télégramme le 23 décembre 2020 a fait réagir plusieurs membres du milieu de la recherche médicale. Certains nous ont contacté après avoir pris connaissance de notre droit de réponse vidéo aux contrevérités d’Hubert Coudurier, directeur de l’information du Télégramme, lors d’une interview de Thierry Burlot sur Tébéo.

La tribune d’Hélène Hall n’ayant pas trouvé sa place dans les colonnes du journal, nous avons choisi de la publier.

« Dans une course mondiale effrénée pour lutter contre la Covid-19 et ses effets dévastateurs, la recherche scientifique porte enfin ses fruits. Alors que de nombreux candidats sont encore en développement, une poignée de vaccins a récemment reçu l’approbation de diverses agences sanitaires à travers le monde. Que ce soit à propos des très médiatisés vaccins à ARN messager de Pfizer/BioNTech ou Moderna, ou le plus discret Spoutnik V ainsi que les vaccins de Sinopharm et Sinovac Biotech, les réactions restent partagées, oscillant entre le soulagement de pouvoir mitiger les effets de cette pandémie et le doute devant des essais cliniques conclus si rapidement, quand un nouveau médicament prend en moyenne 10 à 15 ans avant d’obtenir une autorisation de mise sur le marché.

Cette mise sur le marché si rapide devrait-elle donc susciter l’inquiétude?

Avant toute chose, une mise en contexte s’impose. C’est une tribune du Télégramme datée du 23 décembre qui suscite aujourd’hui ma réaction. L’auteur, Nicolas Druz, y est étiqueté «président de Pharmagenesis à Palo Alto (Californie) et membre de l’académie de médecine de New York ». Je parle bien de monsieur Druz, et non de Docteur Druz ou encore de Professeur Druz, comme ces qualificatifs l’insinuent. À la lecture de l’opinion personnelle de cet homme d’affaires sur les vaccins anti-Covid, sans fondement scientifique apparent, je me suis sentie trompée. Car sous ses couverts faussement bienveillants, cette tribune révèle en fait un mal qui semble gagner bien trop de terrain dans le monde médiatique et virtuel de notre époque. Un monde où tout un chacun peut s’improviser, en deux clics de souris, expert ès sciences pour flatter un ego, voire manipuler l’opinion publique.

Le processus de développement d’un médicament, vaccin compris, de sa conception jusqu’à sa mise sur le marché, est long et extrêmement réglementé. Si aujourd’hui les vaccins contre la Covid ont pu être approuvés de façon si rapide, c’est bien en raison de l’urgence sanitaire. Il n’en reste pas moins que le processus a suivi des normes strictes. Les vaccins anti-Covid sont-ils arrivés sur le marché plus rapidement que des vaccins « standards »? Oui. Tout comme ces derniers, ils ont en revanche du démontrer leur innocuité et leur efficacité lors d’essais cliniques encadrés par des protocoles pré-approuvés, tel que requis par les autorités de santé compétentes, nationales ou européennes. Tous les médicaments produisent des effets secondaires. C’est au vu de leur rapport bénéfices/risques qu’ils sont approuvés ou non. Les vaccins présentement approuvés ont donc été scrupuleusement passés à la loupe et les données des essais cliniques méticuleusement inspectées par des comités d’experts scientifiques reconnus. Il ne s’agit pas là de décisions politiques prises à dessein pour contrôler les populations, comme certaines discussions de comptoir aiment alléguer.

Cette tribune n’a pas pour intention d’attiser le débat pro- ou anti-vaccin. Je souhaitais en revanche rappeler ici les fondamentaux de la recherche clinique qui se trouve en amont de toute commercialisation de médicament en France et au moins dans la majorité des pays dits industrialisés. Recadrons le débat et reconnaissons que derrière ces travaux scientifiques novateurs aux intérêts que l’on voudrait nous faire croire purement commerciaux, se cachent des hommes et des femmes, des pères, des sœurs, des amies, des voisins, qui croient encore que la science peut et doit continuer d’améliorer le sort de nos sociétés. »

28 décembre 2020

Note sur l’auteur : Hélène Hall possède un Diplôme d’État de docteur en pharmacie et est également docteur en biomédecine avec une spécialité en neurosciences. Elle travaille au Canada au sein des Affaires Médicales d’une entreprise pharmaceutique. Ce texte reflète ici ses opinions personnelles.

Collectif de journalistes pour la défense de la liberté d’informer. Une parole libre face aux enjeux de l’agro-industrie. Kelaouiñ : informer en breton

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